Il y a des sujets dont on ne parle presque jamais, même dans l’intimité d’un couple.
L’éjaculation précoce en fait partie.
Beaucoup d’hommes vivent cette difficulté en silence, parfois pendant des années. Ils évitent d’en parler, évitent certaines situations, appréhendent les rapports sexuels et finissent parfois par associer leur sexualité à une forme d’échec.
Parce que derrière quelques minutes de sexualité peuvent se cacher beaucoup plus que le fonctionnement du corps : la peur de décevoir, le regard de l’autre, l’image de soi, la virilité, la confiance et parfois même la peur de ne pas être « à la hauteur ».
Alors l’homme se tait.
Et avec le temps, le silence peut finir par peser plus lourd que le symptôme lui-même.

Éjaculation précoce : d’abord, rechercher les causes médicales
Avant toute chose, lorsqu’un client vient me parler de sexualité ou d’une difficulté sexuelle, je pose toujours la même question : avez-vous consulté un médecin ? Les examens nécessaires ont-ils été réalisés ?
C’est une étape que je ne saute jamais.
Une difficulté sexuelle peut avoir des composantes biologiques, psychologiques, relationnelles ou comportementales. Il est donc important de ne pas attribuer trop rapidement au psychologique ce qui pourrait nécessiter une prise en charge médicale.
Le travail thérapeutique prend tout son sens lorsque les causes organiques ont été recherchées et qu’il est pertinent d’explorer ce qui se joue sur un autre plan.
L’éjaculation précoce ne se résume pas au fonctionnement du corps
Une fois cette première étape franchie, une autre dimension peut être explorée.
Car la sexualité ne se résume pas au fonctionnement mécanique du corps. Elle est aussi influencée par nos croyances, nos émotions, notre histoire, notre rapport à nous-mêmes et le regard que nous portons sur l’autre.
Dans ma pratique, j’observe que chaque histoire est différente.
Chez certains hommes, l’anxiété de performance occupe une place importante. Chez d’autres, c’est la peur de décevoir, le regard du partenaire ou une représentation particulière de la virilité.
Parfois encore, certaines expériences anciennes peuvent continuer à influencer les réactions présentes, même lorsque la personne n’en garde pas de souvenir conscient précis.
Il n’existe donc pas une seule cause à l’éjaculation précoce.
Il existe des histoires singulières, des hommes singuliers, et des façons différentes de vivre leur sexualité.

Mais il y a quelque chose que j’observe
Au-delà du symptôme lui-même, je m’intéresse aussi à la manière dont l’homme se situe dans la relation.
Que représente l’autre pour lui ?
Quelle place donne-t-il au plaisir de sa partenaire ?
Cherche-t-il uniquement à obtenir son propre plaisir, ou souhaite-t-il réellement partager quelque chose avec elle ?
Et cette façon d’être existe-t-elle également en dehors de la sexualité ?
Car lorsqu’un homme arrive en considérant que tout est forcément de la faute de sa partenaire — son physique, son attitude, son manque d’attirance ou sa manière de faire — il peut être difficile, dans un premier temps, de regarder ce qui se passe en lui.
À l’inverse, je rencontre aussi des hommes pour qui la difficulté est vécue autrement.
Des hommes qui ne veulent pas simplement « tenir plus longtemps ».
Ils veulent donner.
Donner du plaisir.
Donner de leur présence.
Donner de leur personne.
Et parfois même, donner quelque chose de leur être, de leur âme, à l’autre.
Cette différence est importante.
Quand la relation à l’autre influence la sexualité
Pour moi, la sexualité ne devrait pas être uniquement une recherche de performance.
Ce n’est pas seulement : « Combien de temps vais-je tenir ? »
Ce n’est pas seulement : « Est-ce que je vais réussir ? »
C’est aussi une rencontre.
Une rencontre entre deux corps, deux sensibilités, deux histoires, deux désirs.
Et lorsqu’un homme souhaite véritablement donner de lui-même à l’autre, lorsqu’il veut que sa partenaire puisse prendre du plaisir, lorsqu’il se soucie de ce qu’elle ressent autant que de ce qu’il ressent lui-même, quelque chose peut changer dans la manière d’aborder le problème.
Il ne s’agit plus simplement de lutter contre une éjaculation.
Il s’agit de comprendre ce qui se passe.
De comprendre ce que le corps exprime.
De comprendre ce que la peur, la pression ou certaines croyances peuvent venir perturber.
Et surtout, de retrouver une autre relation avec son corps, son désir et son partenaire.
Ce que l’hypnose peut apporter face à l’éjaculation précoce
L’hypnose ne consiste pas à imposer au corps de « tenir ».
Elle peut permettre de travailler sur ce qui entretient la difficulté : l’anxiété de performance, certaines croyances sur la sexualité, la peur de décevoir, le rapport au corps ou encore certaines réactions émotionnelles.
L’inconscient intervient déjà dans une multitude de processus corporels qui échappent à notre contrôle volontaire.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de tout contrôler par la volonté.
Il peut plutôt s’agir de retrouver progressivement une capacité à être présent, à ressentir, à laisser davantage de place au plaisir et à sortir du cercle de l’anticipation et de la pression.
Et lorsque certaines expériences anciennes semblent encore avoir une influence sur la manière de vivre la sexualité aujourd’hui, elles peuvent également être explorées avec précaution, sans chercher à fabriquer des souvenirs, mais en s’intéressant à ce que la personne vit et ressent aujourd’hui.
Éjaculation précoce : retrouver une relation plus sereine avec sa sexualité
Une difficulté sexuelle ne résume ni un homme, ni sa masculinité, ni sa capacité à donner ou recevoir du plaisir.
Et surtout, elle ne devrait pas devenir un secret que l’on porte seul pendant des années.
Parfois, commencer à en parler permet déjà de sortir d’une logique d’échec et de honte pour entrer dans une autre démarche :
comprendre.
Comprendre son corps.
Comprendre ses réactions.
Comprendre ce qui entretient la difficulté.
Et apprendre progressivement une autre manière de vivre sa sexualité.
L’objectif n’est pas de promettre un résultat ni de prétendre qu’une seule méthode convient à tous.
C’est d’accompagner une personne dans la compréhension de son propre fonctionnement et, lorsque l’hypnose est pertinente, de l’utiliser comme un outil parmi ceux qui peuvent participer à ce changement.
Parce qu’au fond, derrière l’éjaculation précoce, il n’y a pas seulement une question de durée.
Il y a parfois un homme qui aimerait simplement retrouver la liberté d’être présent avec l’autre, sans avoir à se demander à chaque seconde s’il va être « à la hauteur ».
Mourad EL MARGHICHI
Hypnothérapeute
Consultations en cabinet à Casablanca et à distance pour les francophones en France, Belgique, Suisse et Québec.